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Aéroport Charles-De-Gaulle Merhan karimi Nasseri "Alfred Merhan" Ne pas confondre Merhan & Mehran

merhan_karimi_nasseri.jpg (7203 octets)par Kerstin Gehmlich

PARIS: Sa vie sous les néons de Roissy a inspiré Steven Spielberg pour son dernier film. Depuis seize ans, l'existence d'Alfred Merhan est confinée aux limites de l'aéroport de Paris-Charles de Gaulle. Merhan, de son vrai nom Merhan Karimi Nasseri, n'a jamais vu un seul film de Spielberg, dont Le Terminal, avec Tom Hanks et Catherine Zeta-Jones, est sorti en juin aux Etats-Unis et sera projeté en France à partir du 15 septembre.

"Je suis peut-être une célébrité, mais ma vie n'a pas du tout changé. Je suis toujours assis sur ce banc, et pas dans un appartement luxueux", dit-il, entouré de ses affaires qui tiennent dans quelques sacs et boîtes.

Alfred Merhan, qui dit être né il y a 59 ans, affirme qu'il a obtenu plus de 300.000 dollars de Dreamworks, la société de production de Spielberg, en échange des droits cinématographiques sur sa vie.

Mais cette somme, dont le montant varie de toute façon selon l'interlocuteur, il ne l'a pas entamée et se contente toujours de quelques euros par jour pour acheter ses journaux, son café et ses repas.

Le seul changement notable, ce sont ces journalistes qui s'empressent de le rencontrer, ces passagers qui s'arrêtent pour le photographier et ces lettres de fans, adressées à "Alfred, Terminal 1".

L'ODYSSÉE D'UN DEMANDEUR D'ASILE

La moustache bien taillée, les cheveux soigneusement coiffés, Alfred Merhan n'a pas l'apparence d'un clochard et son long séjour sous les luminaires de Roissy n'a pas eu d'effet sur sa santé physique.

Son médecin, le directeur du centre médical de l'aéroport, Philippe Bargain, souligne en revanche que cet étrange patient qu'il suit depuis son arrivée, en 1988, a perdu le sens des réalités.

"Alfred est peut-être sur le même disque que nous, mais pas sur le même sillon", note-t-il.

"Ce qui me surprend le plus dans cette histoire, poursuit le médecin, c'est que depuis toutes ces années que je le connais, je n'ai jamais entendu qui que ce soit me dire qu'il connaissait Alfred avant qu'il n'arrive ici. Alors je dois m'en remettre à lui seul pour connaître son histoire."

Et cette histoire varie. A quelques heures d'intervalle, Alfred Merhan peut donner deux versions totalement différentes de l'odyssée qui l'a amené jusqu'à cette existence surréaliste.

Ce que l'on peut considérer comme relativement certain: il est né en Iran; dans les années 1970, jeune homme, il part en Grande-Bretagne pour étudier à l'université de Bradford, où il participe à des manifestations contre le Shah.

De retour en Iran, en 1976, il est interné et interrogé sur ses activités politiques. Contraint à l'exil, il tente de regagner la Grande-Bretagne où sa demande d'asile politique est rejetée.

Il séjourne alors dans plusieurs pays européens, passe plusieurs mois en prison pour infraction aux législations sur l'immigration.

En 1999, les autorités françaises lui accordent finalement un titre de séjour. Surprise, Alfred Mehran a changé d'avis.

 

"JE M'APPELLE SIR ALFRED MEHRAN"

"Lorsque nous sommes arrivés à la préfecture pour signer les papiers, se souvient Philippe Bargain, le nom qui y figurait était Merhan Karimi Nasseri - son vrai nom -, mais Alfred a dit: 'Je refuse de signer ces papiers parce que ce n'est pas mon nom. Je m'appelle sir Alfred Mehran'."

Alfred nie également être Iranien et prétend ne pas parler un mot de persan.

Sans papiers, il continue son existence aéroportuaire. Les autorités tolèrent la présence de cet homme tranquille, qui se tient dans un coin de la zone des boutiques. "Il ne trouble pas l'ordre public, il ne nous ennuie pas, alors on ne l'ennuie pas", explique un agent de police qui dit de Merhan qu'il est "un peu la mascotte de l'aéroport".

Philippe Bargain souligne qu'il serait très facile pour son patient de sortir de cet enfermement volontaire. Il suffirait pour cela de signer les documents qui l'attendent depuis 1999.

Mais Alfred Merhan ne sait pas ce qu'il veut faire.

Certes, il ne se sent pas chez lui dans l'architecture imposante de Roissy, au milieu des escalators transparents qu'empruntent les passagers pour gagner les satellites d'embarquement.

"Je ne veux pas rester ici toute ma vie, mais je me satisfais de cette solution à court terme (sic)", affirme-t-il. "Je ne me sens pas comme dans une prison, je ne m'ennuie pas, j'écris."

Parfois, il quitte le terminal et prend l'air. Ne s'en éloigne jamais de plus de cent mètres. Mais sortir, sortir dans une ville, lui manque.

"J'aimerais aller à Hollywood pour d'autres projets de film", dit-il en souriant. "Avec le nombre d'avions décollant tous les jours d'ici pour les Etats-Unis, ça devrait être facile d'y aller." /HPA

Film The Terminal / Le Terminal : «Sir Alfred Mehran», 59 ans, banni d'Iran, vit à Roissy depuis seize ans. Spielberg a acheté son histoire. Le film est sortie en septembre 2004. Lui refuse de quitter l'aéroport. 
Ne pas confondre Mehran & Merhan
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