| Avec : Siavoush
Lashgari , Mehran Rajabi , Golshifteh Farahani , Hassan Nahid
Résumé:
Dans une petite ville sainte en Iran, un homme pieux vient de battre
à mort son fils unique, Ali, et se rend au mausolée pour confesser
son crime. En fuite dans le désert, il rencontre un berger
musicien. Sa vie en sera bouleversée. Rejeté par son père, qui
considère la musique comme impure, et protégé par sa mère, il
part pour Téhéran.
| Plus
d'info
Synopsis :
Dans une petite ville sainte d'Iran, Ali, un adolescent d'une
quinzaine d'années, vit chez ses parents.
Anecdotes :
Réalisateur et exploitant
Depuis 1988, Mamad Haghighat est le directeur d'une salle de
cinéma parisienne, Le Quartier Latin.
Les intentions du réalisateur
"Quelle est la place de la musique dans une société
islamique où elle est considérée comme un péché ? Jusqu'où
peut aller le déchirement et la confrontation entre les deux
générations: celle traditionnelle du père et celle du fils
qui exprime un "besoin d'air" et veut suivre le
chemin de l'art et de la liberté ?". Telles sont les
questions que pose le film, selon Mamad Haghighat .
Anges
Le titre du film fait référence à un texte persan dans
lequel, raconte le cinéaste, il est écrit que "lorsque
Dieu voulut faire pénétrer l'esprit dans le corps d'Adam, il
demanda aux anges de jouer de la musique.
Musique et politique
Ce film souligne la dimension politique, subversive, de la
musique. C'est un thème qui intéresse Mamad Haghighat depuis
longtemps : "Ces questions m'ont préoccupé
continuellement depuis l'enfance, lorsque j'ai vu mon voisin,
un homme très pieux, battre son fils de toutes ses forces
avec le Nêy (la flûte en roseau) qu'il venait de lui
confisquer ! Au lendemain de la révolution islamique en Iran
(1979), des intégristes ont pillé des archives de musique
pour les brûler et dans certaines régions comme le
Kurdistan, ils ont ramassé les instruments de musique pour
les "fusiller" devant les musiciens !".
Deux rôles
Le rôle du père (qui refuse qu'Ali joue de la musique), et
celui du berger (qui au contraire l'y encourage) sont interprétés
par le même acteur. Le réalisateur justifie ainsi ce choix:
"En général, l'ange symbolise le bien, mais il y a
aussi l'ange exterminateur ! Ces deux-là coexistent
normalement dans chaque être humain, parfois l'un prenant le
dessus sur l'autre. |
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| Le destin
très persan de Mamad Haghighat.
Après avoir défendu toute sa vie le cinéma de ses
compatriotes iraniens, il a enfin pu réaliser son premier film,
Deux Anges.
Plus connu sous son seul prénom de Mamad, Mamad
Haghighat est une figure de la scène cinématographique parisienne,
célèbre auprès des spectateurs cinéphiles d’une salle du
Quartier latin. Mamad aura été notre premier Persan, en tout cas
pour ceux d’entre nous qui appartenions à cette génération
estudiantine adepte de la Cinémathèque française, à l’époque
où régnaient de manière absolue en Iran le Shah et son épouse
Farah. Débarqué à Paris en 1977, il nous raconte son épopée et
comment, au bout de trente-cinq ans, il a pu enfin réaliser son
propre film, Deux Anges.
" Je suis né à Ispahan il y a cinquante-deux
ans. C’est une ville historique avec des palais et des mosquées,
à la fois progressiste et islamistes intégristes. On dit
d’Ispahan qu’elle est " la moitié du monde ". Je ne
sais pas où est le reste du monde ! Mon père, homme religieux
et sévère, voulait me mettre sur le droit chemin, celui qui
conduit au paradis et aux anges. Les anges font partie de la
mythologie persane et une grande importance y est donnée à
l’ange du Mal, l’ange exterminateur. Mon père m’a emmené à
la mosquée dès l’âge de cinq ans. Ma famille est ensuite allée
vivre à Kôm, la ville des ayatollahs. Pour mon père, c’était
le paradis. Tous les matins, il me jetait du lit avant le lever du
soleil pour m’emmener faire mes prières à l’imamzadé. On est
revenu à Ispahan où j’ai terminé l’école primaire pour
repartir à Machad, une autre ville sainte où est enterré le huitième
imam chiite. Là, j’ai fait une fugue. J’avais treize ans et
suis retourné vivre à Ispahan, chez ma grand-mère, qui me prenait
pour un extraterrestre. J’ai travaillé dans une pharmacie et ai
rencontré le cinéma. J’étais fasciné et voulais devenir
acteur. Je me suis inscrit dans une école publique. Finalement mon
père était content, je n’étais plus à sa charge mais ma mère
pleurait beaucoup. Ils sont revenus à Ispahan et j’ai dû
retourner à la mosquée. Quand mon père a appris que j’allais au
cinéma, il m’a battu. Dans mon film, le petit garçon que son père
bat parce qu’il joue d’un instrument de musique est un peu moi.
Mon père aussi interdisait la musique.
En 1968, j’ai fondé un ciné-club et créé un
festival Super 8 à Ispahan. En 1970, j’y ai organisé un festival
national. J’ai commencé à écrire des articles dans des revues
de cinéma et à faire des recherches sur l’histoire du cinéma
iranien. Le soir, je prenais le car pour aller à Téhéran découvrir
Fellini ou Antonioni et revenais le lendemain soir. Il y avait huit
heures de trajet, je dormais dans le bus. Petit à petit, j’ai
pensé que c’était plus intéressant d’être derrière la caméra.
J’allais au festival de Téhéran et devenais " intello
". J’achetais les Cahiers du cinéma et me faisais traduire
les articles. J’avais lu que la meilleure cinémathèque du monde
était à Paris. Quand j’ai eu un peu d’argent, je suis parti en
France avec une seule adresse, celle de la Cinémathèque française.
Quand j’ai compris que des films de Murnau, Vertov et Eisenstein
étaient au programme quotidiennement, je me suis dit que je ne
bougerais plus de cet endroit. Depuis ce jour de février 1977, je
suis encore là. Je suis tombé amoureux de Paris où je suis au
paradis.
Quand je suis arrivé, j’étais un bon émigré,
mais lorsqu’il y a eu la révolution en 1979, les choses ont changé.
Le cycle de Dariush Mehrjui est sorti en pleine révolution après
avoir été montré à la fin 1977 à l’Empire, dans le cadre du
Festival de Paris organisé par Pierre-Henri Deleau. Mais après,
les distributeurs ne voulaient plus des films iraniens, me disant
que c’était des " films d’ayatollahs ". C’est
seulement en 1986, avec la sortie du Coureur, de Naderi, grâce à
Utopia dont j’étais responsable de la salle - qui s’appelle
aujourd’hui Quartier Latin -, que les critiques ont commencé
à écrire de manière positive sur le cinéma de mon pays. La
sortie de ce film en France a ouvert le chemin du cinéma iranien
sur la scène internationale. Et est arrivé le fameux Où est la
maison de mon ami ?, de Abbas Kiarostami. C’était en mars
1990. L’Iran avait alors trouvé la maison de son ami : c’était
la France. Jean-Jacques Varret a acheté le Passager, les Devoirs du
soir et Close Up. Puis, vers la fin 1991, il y a eu une rencontre
entre Gilles Jacob et Abbas Kiarostami. Depuis 1980, j’allais à
Cannes en tant que cinéphile, à partir de 1985 comme critique pour
une revue iranienne. En 1992, j’allai au Festival de Téhéran et
représentai la compétition officielle cannoise. Abbas m’a confié
Et la vie continue ! Cela a été le triomphe de Kiarostami à
Cannes, son tremblement de terre. Le film a obtenu le prix
Rossellini et le premier prix d’Un certain regard. La presse l’a
encensé. Après cet événement, j’allais en Iran tous les ans et
proposais des films aux différentes sections de Cannes et aux
autres festivals. Que ce soit les films de Mohsen Makhmalbaf :
Salam Cinéma et le Temps de l’amour - censuré depuis cinq ans -,
montrés à Cannes en 1995. Ou Au travers des oliviers, d’Abbas,
le premier film iranien présenté en compétition cannoise, en
1994. C’était magnifique. En 1997, tout a été fait pour que le
Goût de la cerise fonctionne bien à Cannes. Abbas a remporté la
palme d’or grâce à Isabelle Adjani et surtout à Nanni Moretti.
Pour la distribution, c’est Marin Karmitz qui a tout de suite répondu
présent. Quand je suis parti d’Iran, Abbas tournait des courts métrages
et Mohsen était en prison. Qui aurait dit que Kiarostami ou
Makhmalbaf seraient un jour connus dans le monde entier !
Quant à moi, je n’ai pas eu le temps de réaliser
mes films. Il faut savoir que depuis 1980, plus de soixante films de
long métrage de fiction iraniens sont sortis en France, dont je me
suis occupé à 80 %. Je faisais les sous-titrages et accompagnais
les cinéastes dans les festivals pour traduire leurs interviews.
J’ai finalement publié mon livre sur le cinéma iranien (1) et,
l’an dernier, j’ai pu écrire un scénario et réaliser mon
premier long métrage : Deux Anges, un film qui vient des Mille
et une nuits et de mes centaines de maîtres dont Eisenstein, Vertov
et Wenders. Et bien sûr Kiarostami, le plus intelligent de tous.
"
Entretien réalisé par Michèle Levieux
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