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Cinéma Iranien

Mamad Haghighat

Réalisateur, iranien

Né à Isfahan  (Iran)

  

mamad haghighat cinéma iran  irantoulouseNé à Isfahan (Iran), Mamad Haghighat, réalise entre 1969 et 1975 quelques courts métrages en super 8. Il fonde dans sa ville natale un festival national de films amateurs en 1971. De 1983 à 1999, il organise un festival de films iraniens à Paris et écrit un livre " Histoire de cinéma iranien " édité par le centre Pompidou. Il est critique et correspondant de la revue iranienne Film, directeur du cinéma " Le quartier latin " et réalise à Paris " Etat de crise " en 1984 son film de fin d’études. Deux Anges est son premier long métrage.

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Avec : Siavoush Lashgari , Mehran Rajabi , Golshifteh Farahani , Hassan Nahid

Résumé:
Dans une petite ville sainte en Iran, un homme pieux vient de battre à mort son fils unique, Ali, et se rend au mausolée pour confesser son crime. En fuite dans le désert, il rencontre un berger musicien. Sa vie en sera bouleversée. Rejeté par son père, qui considère la musique comme impure, et protégé par sa mère, il part pour Téhéran.

Plus d'info

Synopsis :
Dans une petite ville sainte d'Iran, Ali, un adolescent d'une quinzaine d'années, vit chez ses parents.

Anecdotes :
Réalisateur et exploitant
Depuis 1988, Mamad Haghighat est le directeur d'une salle de cinéma parisienne, Le Quartier Latin.

Les intentions du réalisateur
"Quelle est la place de la musique dans une société islamique où elle est considérée comme un péché ? Jusqu'où peut aller le déchirement et la confrontation entre les deux générations: celle traditionnelle du père et celle du fils qui exprime un "besoin d'air" et veut suivre le chemin de l'art et de la liberté ?". Telles sont les questions que pose le film, selon Mamad Haghighat .

Anges
Le titre du film fait référence à un texte persan dans lequel, raconte le cinéaste, il est écrit que "lorsque Dieu voulut faire pénétrer l'esprit dans le corps d'Adam, il demanda aux anges de jouer de la musique.

Musique et politique
Ce film souligne la dimension politique, subversive, de la musique. C'est un thème qui intéresse Mamad Haghighat depuis longtemps : "Ces questions m'ont préoccupé continuellement depuis l'enfance, lorsque j'ai vu mon voisin, un homme très pieux, battre son fils de toutes ses forces avec le Nêy (la flûte en roseau) qu'il venait de lui confisquer ! Au lendemain de la révolution islamique en Iran (1979), des intégristes ont pillé des archives de musique pour les brûler et dans certaines régions comme le Kurdistan, ils ont ramassé les instruments de musique pour les "fusiller" devant les musiciens !".

Deux rôles
Le rôle du père (qui refuse qu'Ali joue de la musique), et celui du berger (qui au contraire l'y encourage) sont interprétés par le même acteur. Le réalisateur justifie ainsi ce choix: "En général, l'ange symbolise le bien, mais il y a aussi l'ange exterminateur ! Ces deux-là coexistent normalement dans chaque être humain, parfois l'un prenant le dessus sur l'autre.

 

Entrtien " L'Humanité"
Le destin très persan de Mamad Haghighat.

Après avoir défendu toute sa vie le cinéma de ses compatriotes iraniens, il a enfin pu réaliser son premier film, Deux Anges.

Plus connu sous son seul prénom de Mamad, Mamad Haghighat est une figure de la scène cinématographique parisienne, célèbre auprès des spectateurs cinéphiles d’une salle du Quartier latin. Mamad aura été notre premier Persan, en tout cas pour ceux d’entre nous qui appartenions à cette génération estudiantine adepte de la Cinémathèque française, à l’époque où régnaient de manière absolue en Iran le Shah et son épouse Farah. Débarqué à Paris en 1977, il nous raconte son épopée et comment, au bout de trente-cinq ans, il a pu enfin réaliser son propre film, Deux Anges.

" Je suis né à Ispahan il y a cinquante-deux ans. C’est une ville historique avec des palais et des mosquées, à la fois progressiste et islamistes intégristes. On dit d’Ispahan qu’elle est " la moitié du monde ". Je ne sais pas où est le reste du monde ! Mon père, homme religieux et sévère, voulait me mettre sur le droit chemin, celui qui conduit au paradis et aux anges. Les anges font partie de la mythologie persane et une grande importance y est donnée à l’ange du Mal, l’ange exterminateur. Mon père m’a emmené à la mosquée dès l’âge de cinq ans. Ma famille est ensuite allée vivre à Kôm, la ville des ayatollahs. Pour mon père, c’était le paradis. Tous les matins, il me jetait du lit avant le lever du soleil pour m’emmener faire mes prières à l’imamzadé. On est revenu à Ispahan où j’ai terminé l’école primaire pour repartir à Machad, une autre ville sainte où est enterré le huitième imam chiite. Là, j’ai fait une fugue. J’avais treize ans et suis retourné vivre à Ispahan, chez ma grand-mère, qui me prenait pour un extraterrestre. J’ai travaillé dans une pharmacie et ai rencontré le cinéma. J’étais fasciné et voulais devenir acteur. Je me suis inscrit dans une école publique. Finalement mon père était content, je n’étais plus à sa charge mais ma mère pleurait beaucoup. Ils sont revenus à Ispahan et j’ai dû retourner à la mosquée. Quand mon père a appris que j’allais au cinéma, il m’a battu. Dans mon film, le petit garçon que son père bat parce qu’il joue d’un instrument de musique est un peu moi. Mon père aussi interdisait la musique.

En 1968, j’ai fondé un ciné-club et créé un festival Super 8 à Ispahan. En 1970, j’y ai organisé un festival national. J’ai commencé à écrire des articles dans des revues de cinéma et à faire des recherches sur l’histoire du cinéma iranien. Le soir, je prenais le car pour aller à Téhéran découvrir Fellini ou Antonioni et revenais le lendemain soir. Il y avait huit heures de trajet, je dormais dans le bus. Petit à petit, j’ai pensé que c’était plus intéressant d’être derrière la caméra. J’allais au festival de Téhéran et devenais " intello ". J’achetais les Cahiers du cinéma et me faisais traduire les articles. J’avais lu que la meilleure cinémathèque du monde était à Paris. Quand j’ai eu un peu d’argent, je suis parti en France avec une seule adresse, celle de la Cinémathèque française. Quand j’ai compris que des films de Murnau, Vertov et Eisenstein étaient au programme quotidiennement, je me suis dit que je ne bougerais plus de cet endroit. Depuis ce jour de février 1977, je suis encore là. Je suis tombé amoureux de Paris où je suis au paradis.

Quand je suis arrivé, j’étais un bon émigré, mais lorsqu’il y a eu la révolution en 1979, les choses ont changé. Le cycle de Dariush Mehrjui est sorti en pleine révolution après avoir été montré à la fin 1977 à l’Empire, dans le cadre du Festival de Paris organisé par Pierre-Henri Deleau. Mais après, les distributeurs ne voulaient plus des films iraniens, me disant que c’était des " films d’ayatollahs ". C’est seulement en 1986, avec la sortie du Coureur, de Naderi, grâce à Utopia dont j’étais responsable de la salle - qui s’appelle aujourd’hui Quartier Latin -, que les critiques ont commencé à écrire de manière positive sur le cinéma de mon pays. La sortie de ce film en France a ouvert le chemin du cinéma iranien sur la scène internationale. Et est arrivé le fameux Où est la maison de mon ami ?, de Abbas Kiarostami. C’était en mars 1990. L’Iran avait alors trouvé la maison de son ami : c’était la France. Jean-Jacques Varret a acheté le Passager, les Devoirs du soir et Close Up. Puis, vers la fin 1991, il y a eu une rencontre entre Gilles Jacob et Abbas Kiarostami. Depuis 1980, j’allais à Cannes en tant que cinéphile, à partir de 1985 comme critique pour une revue iranienne. En 1992, j’allai au Festival de Téhéran et représentai la compétition officielle cannoise. Abbas m’a confié Et la vie continue ! Cela a été le triomphe de Kiarostami à Cannes, son tremblement de terre. Le film a obtenu le prix Rossellini et le premier prix d’Un certain regard. La presse l’a encensé. Après cet événement, j’allais en Iran tous les ans et proposais des films aux différentes sections de Cannes et aux autres festivals. Que ce soit les films de Mohsen Makhmalbaf : Salam Cinéma et le Temps de l’amour - censuré depuis cinq ans -, montrés à Cannes en 1995. Ou Au travers des oliviers, d’Abbas, le premier film iranien présenté en compétition cannoise, en 1994. C’était magnifique. En 1997, tout a été fait pour que le Goût de la cerise fonctionne bien à Cannes. Abbas a remporté la palme d’or grâce à Isabelle Adjani et surtout à Nanni Moretti. Pour la distribution, c’est Marin Karmitz qui a tout de suite répondu présent. Quand je suis parti d’Iran, Abbas tournait des courts métrages et Mohsen était en prison. Qui aurait dit que Kiarostami ou Makhmalbaf seraient un jour connus dans le monde entier !

Quant à moi, je n’ai pas eu le temps de réaliser mes films. Il faut savoir que depuis 1980, plus de soixante films de long métrage de fiction iraniens sont sortis en France, dont je me suis occupé à 80 %. Je faisais les sous-titrages et accompagnais les cinéastes dans les festivals pour traduire leurs interviews. J’ai finalement publié mon livre sur le cinéma iranien (1) et, l’an dernier, j’ai pu écrire un scénario et réaliser mon premier long métrage : Deux Anges, un film qui vient des Mille et une nuits et de mes centaines de maîtres dont Eisenstein, Vertov et Wenders. Et bien sûr Kiarostami, le plus intelligent de tous. "

Entretien réalisé par Michèle Levieux

 

   
 
 
 
 
 
 

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