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Le cinéma Iranien

Dès son apparition, dans les années 1930, le cinéma se spécialisa dans les mélodrames musicaux. Dans les années 1970, soutenu par la télévision nationale et la Cinémathèque iranienne, fondée en 1958 par Farrokh Gaffary, il se montra dynamique malgré la censure, et fut souvent primé dans les festivals internationaux: le premier cinéaste ayant connu un succès d'envergure fut Dariush Mehrdjui, auteur de la Vache (1969) et du Cycle (1975). Cette première génération de réalisateurs, souvent formés en France (Masud Kimiyai, Bahram Beyzai), traite de sujets sociaux et populaires, de préférence sur le mode humoristique ou réaliste. Après la révolution islamique, de nombreux cinémas ont été fermés, mais la production a repris très activement et renoué avec le succès grâce à des réalisateurs comme Makhmalbaf (le Colporteur, 1985), Karim Masihi (le Dernier Acte, 1990) ou Abbas Kiarostami (Où est la maison de mon ami ?, 1990). Quant à Jafar Panahi, il a été récompensé par le Lion d'or du festival de Venise de septembre 2000 pour son film le Cercle (2000).

 

 

LE CINÉMA IRANIEN EMPORTE LA RÉVOLUTION
Extrait de l’article de Mamad Haghighat


En Iran, le cinéma a conquis sa légitimité, aux yeux des croyants, avec la révolution de février 1979. Jusqu’à ce bouleversement politique, conséquence du mécontentement populaire contre le régime du shah et qui a abouti à une «république islamique» sous l’égide de l’ayatollah Ruhollah Khomeiny, le septième art était maudit par le clergé.

Le cinéma est apparu en Iran au début du XXe siècle. Dès l’ouverture des premières salles à Téhéran, en 1904, les religieux s’y sont opposés. Plusieurs cinémas ont été incendiés avec des conséquences parfois dramatiques : en août 1978, à Abadan, 400 personnes ont péri au Rex.

Le cinéma était défini comme blasphématoire car il montrait des images de femmes sans voile et, plus tard, des scènes de danse accompagnées de musique.

Si le septième art a produit, entre 1930 et 1979, environ 1100 films de fiction diffusés dans 420 salles, il n’avait néanmoins aucune légitimité aux yeux des ayatollahs. Mais avec l’arrivée de Khomeiny au pouvoir, un étrange renversement s’est produit. Du jour au lendemain, le cinéma devient l’affaire de tout le monde, y compris des religieux. Toutefois, le cinéma étranger, en contradiction avec les valeurs islamistes, est banni. De fait, la production iranienne se trouve sans rivale sur le territoire national.

Dès la première année de la révolution, tous les organes d’État se mettent au service de cet art afin de créer «un cinéma islamique», allant dans «le bon chemin».

Parallèlement, un autre cinéma, qui se situe dans la tradition des films de qualité d’avant 1979, naît dans la douleur. En raison d’une censure impitoyable, certains cinéastes créent un langage qui contourne les interdits et s’inspire de la réalité quotidienne et de la poésie persane. Ils s’imposent grâce à leur fraîcheur et à l’innocence de leur regard. Le chef de file de ce nouveau cinéma, Abbas Kiarostami conteste, par la caméra, les préceptes cinématographiques de Khomeiny. Le cas le plus spectaculaire est celui de Mohsen Makhmalbaf. Pur produit de la contestation qui marque la fin du règne du shah, il est libéré au moment de la révolution de 1979, après quatre années de prison et bascule peu à peu vers le cinéma.

1990 marque une nouvelle étape. L’Occident découvre avec étonnement, lors des festivals, une autre image de l’Iran. Ce cinéma parle de choses simples : l’amitié, la tolérance, la solidarité. Dès lors, commence le temps des honneurs. «L’Iran exportait jadis du pétrole, des tapis, des pistaches. Maintenant il faut y ajouter des films», déclare Kiarostami qui obtient la Palme d’or à Cannes en 1997 pour Le Goût de la cerise. En 2000, à Cannes toujours, le cinéma iranien obtient trois récompenses : l’une est attribuée à Samira Makhmalbaf pour Le Tableau noir et la Caméra d’or à Bahman Ghobadi pour Un temps pour l’ivresse des chevaux et Hassan Yektapanah pour Djomeh.

Pour la première fois, une fiction, Le Cercle, qui a obtenu le Lion d’or au Festival de Venise 2000, traite de la prostitution, un thème totalement tabou jusqu’à ce jour dans la République islamique. Jafar Panahi a réalisé ce film sans soumettre le scénario à la Commission de censure. Cette volonté d’aller toujours de l’avant se retrouve aussi chez les écrivains et journalistes.

Avec difficulté, les réalisatrices ont, elles aussi, trouvé leur place derrière la caméra pour traiter de la condition de la femme : Rakhshan Banni-Etemad, Tahminé Milani et une dizaine d’autres s’affirment.

L’Iran a adopté cette image contemporaine qu’est l’image cinématographique.

Réelle ou de fiction, elle s’est libérée et fait désormais partie du quotidien de la population. Tous les Iraniens sont envoûtés par l’image que «ce soit une image ou juste une image», selon l’expression de Jean-Luc Godard.

 

 
 
 
   
 
 
 
 
 
 

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